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On sait que, dans les vieilles traditions populaires de Normandie,
le sorcier qui s'est changé en bête doit, pour reprendre
sa forme humaine, "délire", c'est-à-dire
lire à rebours, la formule qui lui a servi à se "goubliner".
Au bout d'un certain temps, les oies sauvages revinrent donc pour
retrouver le grimoire qui leur permettrait de "délire"
la formule de leur goublinage. Hélas, les Normands avaient
brûlé le château fort et avec lui le livre de magie.
Force leur fut donc de rester oies sauvages... Mais, depuis lors,
elles reviennent chaque année au printemps avec l'espoir
de retrouver le grimoire, et, sans l'avoir trouvé, elles
repartent à l'automne.
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Le Grand Dictionnaire
Historique de Moréri (XVIIIe siècle), après
avoir raconté la légende en citant les Mélanges
d'Histoire et de Littérature de Vigneul-Marville (1699),
ajoute: "Voilà le merveilleux, mais ce que l'on
peut dire de certain c'est que dans la nuit du 1er mars, chaque
année, des oies sauvages viennent reconnaître les
nids que les habitants du château fort ne manquent pas de leur
préparer au nombre de 18 ou 20, au pied des remparts,
avec de la paille et du foin. |
Quand tous les nids sont occupés, on en prépare encore
6 ou 7 autres au sommet des murailles, lesquels ne restent pas longtemps
vides. Ces oies, dont on ne saurait s'approcher à moins de
six cents pas qu'elles ne s'envolent, lors qu'elles sont dans les
champs, cessant d'être sauvages "pour l'amour de leur hôte",
lorsqu'elles sont au château, viennent manger le pain et l'avoine
dans la main. Elles pondent en mars, couvent en avril, les petits
éclosent en mai..."
Dans un exemplaire de l'édition de 1725, une note marginale
portée en 1753 par Monsieur Ducanet dit ceci: "Depuis
quelques années ces oyes ne paroissent plus, on est venu à
bout de les détruire, à cause du grand dégât
qu'elles faisoient dans les campagnes" ("campagnes"
signifie au XVIIIe siècle: champs ouverts cultivés).
Le passage de ces oiseaux migrateurs est probablement à l'origine
de la légende, mais le fait que celle-ci prétende se
rattacher aux invasions scandinaves est vraisemblablement un élément
de vérité non négligeable. Toute légende
peut renfermer des détails qui se rattachent à l'Histoire.
La légende était sans doute déjà bien
vieille lorsque Robert de Pirou, au XIVe siècle, mettait un
col d'oie comme cimier sur le heaume timbrant ses armoiries.
En 1975, dans le désir de réacclimater des oies cendrées
qui, peut-être, auraient repris leurs migrations, la réserve
ornithologique du Zwin, à la limite de la Belgique et de la
Hollande, a bien voulu nous confier une quinzaine de sujets qui ont
été lâchés sur les douves du château fort.
Malheureusement, les braconniers en ont exterminé une dizaine
et il a fallu enlever les autres pour les mettre en sécurité,
à l'abbaye de La Lucerne.
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